Qui sommes nous?

 

Ces bottes, ils sont deux à les porter : Geoffray Aznar, aux guitares et au chant, Samuel Devauchelle à la batterie. Deux qui sonnent comme quatre ! Parce que Dirty Bootz, c’est la puissance d’une guitare fuzz jouée fort et d’une rythmique âpre, précise, brutalement réglée sur la cadence des chaînes de montage, des roues mordant l’asphalte d’une route oubliée, du vent qui souffle sur les branches d’un chêne vert ou d’un olivier.

Si leur musique pioche dans le vieux blues d’un Skip James ou dans les cris électriques d’un Kurt Cobain élevé au cagnard poisseux de l’Hérault, elle sonne surtout comme le branle-bas de combat d’un duo pressé d’en découdre. Sur scène, les deux cabochards malmènent leurs instruments pour emporter le public en un ailleurs bien à eux, où le crépuscule le dispute au solaire, où le western s’imprègne des relents industriels d’un avenir métallique.

Sur disque, Dirty Bootz a choisi d’accentuer les contrastes tout en poussant à son comble une logique d’efficacité depuis longtemps éprouvée. Sur « Broken Toy », titre de leur premier album, se côtoient – voire s’affrontent – des rock musclés et compacts (Dead Clouds In Your Pockets, Burnt My Home, Bogeyman’s Grin, Washing Machine), des ballades blues et moites (Welcome To The Sun) et de délicates pépites (notamment Never Say Goodbye, jouée au banjo et enregistrée en extérieur).

L’univers de Dirty Bootz dépasse pourtant l’alternance larsen / acoustique, temps calme / temps fort empruntée au grunge des années quatre-vingt-dix. La déflagration annoncée se fait attendre et lorsqu’elle résonne enfin, on s’aperçoit, les tympans lessivés, qu’on ne l’a pas vue venir. Parce qu’au-delà des cris et de la fureur qu’ils impliquent, Dirty Bootz nous parle de blessures intérieures : le « jouet cassé », qui donne son titre à l’album, n’est autre que le musicien exposant sa fragilité à l’indifférence du monde. « Welcome To The Sun », plus optimiste, convie l’enfant à naître dans un havre imaginaire construit sur l’amour et la liberté. Dans la même veine, « Never Say Goodbye » s’adresse également à l’enfant, mais c’est le père qui s’exprime, qui console et rassure. « Burnt My Home » emprunte à la parabole pour nous rappeler combien le chaos appelle le chaos et « Dead Clouds In Your Pockets » se souvient de notre richesse intérieure.

En marge du circuit habituel des petits groupes urbains, en marge des villes et de leur vaine agitation, Dirty Bootz tranche par sa radicalité tranquille et son attachement aux valeurs traditionnelles d’un rock’n’roll qu’on avait cru oublié : de la sueur, du sourire et une âme.

Bio : Mill

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